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Dictionnaire fauquemberguois

De Falkenberg à Fauquembergues

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Royez Eugène, militant socialiste

A la demande de nombreuses personnes, nous reproduisons ci-dessous les quelques paroles d’adieu que prononça notre camarade Robert Soudant, secrétaire de la section et ami personnel du militant  que fut Eugène Royez.

«  Nous ne saurions laisser partir le doyen de notre section socialiste, le vieux combattant du progrès social, notre ai à tous sans lui adresser quelques paroles d’adieu.

Plus que quiconque, Eugène Royez s’était acquis les droits à la gratitude de tous ceux qui peinent pour vivre, car toute sa vie a été consacrée  a la lutte pour l’amélioration de leur sort. Si sa modestie naturelle lui faisait passer sous silence la plus grande partie de la part personnelle qu’il a prise jadis dans l’effort commun, ses amis d’Estaires nous ont dit avec quelle courage et quelle abnégation il avait durant de longues années participé à l’effort héroïque des pionniers du socialisme à une époque où la pensée socialiste encore incomprise des foules attirait à ceux qui la propageaient plus de sarcasmes et de coups que de remerciements de la part de ceux- là même qui en devaient être les bénéficiaires.

Mais Eugène Royez était de ceux qui tirent leur force de leur persévérance et de leur sincérité. Un trait de sa vie le peint tout entier. mettant ses actes avec ses paroles, il utilisait ses ressources à la construction de logements qu’il louait aux travailleurs à des prix à peine suffisants pour couvrir l’entretien des bâtiments. Tant de courage et tant d’abnégation ne pouvaient pas ne pas porter leurs fruits et il fallait voir la joie qui brillait dans les yeux de notre ami quand il racontait les rapides progrès que le socialisme avait fait à Estaires où il a acquis, depuis des années, l’audience de la grande majorité de la population.

Retiré à Fauquembergues depuis plus d’un quart de siècle, Eugène Royez ya continué inlassablement l’action féconde qu’il avait menée à Estaires et, ici comme Là-bas, le socialisme a progressé. Les quelques militants qui se groupaient à l'origine autour de notre ami sont pour la plupart disparus, mais le socialisme a conquis près de la moitié de la population et il continue ses progrès. Le bon grain semé germera.

En exprimant son désir d’être enterré civilement, Eugène Royez me disait : « Peut-être me prendra-t-on pour une forte tête désireuse de me singulariser et de faire de mon enterrement un acte de propagande anti-religieux : il t’appartiendra à toi qui sais de dissiper l’équivoque. »

Eugène Royez était en effet tout le contraire d’un secrétaire. Il comptait au nombre de ses meilleurs amis des catholiques pratiquants dont il respectait scrupuleusement les croyances. Mais si personnellement, il ne niait pas l’existence d’un Dieu, il ne croyait pas aux religions. Il pensait que si les religions sont multiples, Dieu ne pouvait être qu’unique et juste et qu’on répond mieux à ses désirs en se montrant soi-même tolérant et juste et en s’efforçant de faire régner plus de justice parmi les hommes  que par l’exercice des pratiques extérieures d’une religion. Et notre ami concluait au seuil de la mort : «  Je meurs tranquille, je suis en paix avec ma conscience, je suis en paix avec  Dieu. » Je devais à la mémoire de notre ami de donner cette explication de ses dernières volontés.

Avec Eugène Royez, notre section socialiste perd l’un de ses militants les plus clairvoyants, un ami dont l’amitié lui était précieuse, mais longtemps encore ses amis judicieux guideront notre action. Nous serons fidèles à ta mémoire, mon cher ami ; ton exemple n’aura pas été vain. Sur sa tombe ouverte, tous tes amis du Parti socialiste font le serment de continuer ton œuvre, de lutter comme toi jusqu’à leur dernier  souffle pour que règne un jour sur le monde la justice et la fraternité. Mon cher ami, repose en paix .- L’espoir, novembre 1946.